60 jours: si la règle du 4% n’est pas assez prudente, quel taux le serait?

L’une des question les plus importantes quand vient le temps de prendre une retraite, anticipée ou non, c’est de savoir combien d’argent l’on doit avoir accumulé. C’est d’ailleurs un sujet abord récemment par Blogueur Masqué. Une réponse de type « règle du pouce » apportée à cette question importante est la règle du 4%, qui se traduit aussi par son équivalent du 25x: vous avez besoin de 25 fois vos dépenses à la retraite. Si vous investissez ce montant avec une exposition suffisante aux actions (disons 60% et plus), vous avez de bonnes probabilités de ne jamais manquer d’argent. Mais ce n’est évidement pas une garantie. 

4% est considéré par plusieurs, moi compris, comme un taux de retrait un peu risqué: nous sommes présentement dans l’un des plus longs cycles haussiers à la bourse, l’économie américaine est également dans un des plus longs cycles sans récession, une population vieillissante pourrait être synonyme de croissance modérée dans le futur, les valuations boursières sont historiquement élevées, etc.

Si 4% n’est pas assez prudent, quel taux le serait? Comment déterminer quand nous pourrons nous retirer devant toute cette incertitude?

D’abord, il convient de voir ce qui se passe quand on fait varier le taux de retrait. Partons de 4%. Cela signifie que vous avez 25 fois vos dépenses de retraite dans votre portefeuille. Supposons que vous ayiez besoin de 20,000$ par année, c’est donc 500,000$ que vous auriez dans ce portefeuille. Si vous investissiez cet argent dans des certificats de dépôt garantis, vous obtiendriez un rendement équivalent à peu près à l’inflation et habituellement un peu plus. En termes réels, cela signifie donc qu’en 25 ans vous dépenseriez la totalité de votre capital. C’est important de comprendre ceci, car vous n’avez pas besoin de générer un rendement après inflation qui couvre vos dépenses, à moins que vous prévoyiez vivre 200 ans. Une personne de 70 ans pourrait donc prendre sa retraite avec la quasi garantie d’avoir assez d’argent jusqu’à ses 95 ans. L’achat d’une rente viagère ajustée pour l’inflation serait un autre moyen d’atteindre cet objectif garanti et serait possiblement encore plus avantageuse même si les taux obligataires utilisés pour ces rentes sont ridiculement bas (avec l’inconvénient qu’en cas de décès, vous ne laissez rien en héritage).

Si vous réduisez votre taux de retrait à 3%, c’est plutôt 33 fois les revenus de retraite nécessaires que vous aurez en capital et donc, 33 ans de capital si vous placiez cet argent « bêtement » dans des certificats de dépôt garantis. Ainsi, au lieu d’avoir cette garantie de vous rendre à 95 ans en prenant votre retraite à 70 ans, il est maintenant possible de reculer à une retraite à 62 ans. À 2% de taux de retrait, c’est 50 ans de retrait que vous pouvez faire si vous obtenez un rendement équivalent à l’inflation ! Si j’avais $1.1 million donc, je pourrais prendre ma retraite en investissement simplement dans des dépôts à terme et me rendre jusqu’à 92 ans en dépendant 22,000$ par année que j’augmente selon l’inflation et ce, sans même tenir compte du RRQ et de la pension du Canada.

Premier effet d’une réduction du taux de retrait. En augmentant votre capital requis, vous augmentez le nombre d’années pendant lesquelles vous pouvez puiser dans ce capital avant de l’épuiser complètement.

Évidemment, placer la totalité de son argent dans des certificats de dépôts garantis n’est pas une bonne stratégie de placement si vous souhaitez prendre une retraite anticipée. Que se passe-t-il si vous investissez votre portefeuille dans des actions et obligations, disons 70% d’actions et 30% d’obligations? Il n’y a malheureusement pas de réponse simple: il y a un risque qui s’installe, vos rendements ont une composante aléatoire, imprévisible.

L’une des façons de voir le 4% est la suivante: imaginez que votre portefeuille soit investi à 100% dans des titres à dividende qui retournent 4%. Si ces titres augmentent leur dividende, à chaque année, d’un pourcentage au moins égal à l’inflation, votre portefeuille pourrait supporter votre niveau de dépense (4% du portefeuille) à jamais.

Qu’arrive-t-il si vous diminuez votre taux à 3%? Tout simplement, le portefeuille hypothétique de dividendes n’a plus besoin que de générer 3% de revenus et d’augmenter les dividendes à hauteur de l’inflation pour supporter vos dépenses à jamais.

Second effet d’une réduction de votre taux de retrait. En diminuant votre taux de retrait, vous diminuez le taux de rendement attendu par votre portefeuille.

Or, comme nous l’avons vu plus haut, vous n’avez pas besoin de supporter vos dépenses indéfiniment. Vous devez juste pouvoir les supporter pour le restant de votre vie. On a vu que le capital, même placé de façon garantie, avec un risque presque nul, vous permet déjà, à 4% de retrait, 25 années de revenus de retraite. Pour chaque fraction de pourcentage de taux de retrait que vous diminuez, vous bénéficiez d’une combinaison des deux effets mentionnés précédemment. Et il n’est pas nécessaire de réduire beaucoup le pourcentage pour voir un gros impact se produire.

Malheureusement, à partir du moment où vous investissez en bourse, nous ne parlerons plus de garanties, mais plutôt de probabilité de succès. Pour déterminer vos probabilités de manquer d’argent, il existe des simulateurs, comme celui de cFireSim. Ces simulateurs étudient les cycles du passé pour déterminer, à partir d’un montant initial, la probabilité de succès selon les rendements boursiers, l’inflation, et différents hypothèses. Un avantage de cet outil est que vous pouvez ajouter des éléments futurs, comme le début d’une pension ou la vente de votre maison (qui doit normalement s’accompagner d’une augmentation des dépenses). Utiliser un tel outil est à mon avis crucial dans votre planification d’une retraite anticipée car autrement, il est très difficile de déterminer une somme adéquate que vous devriez posséder en tenant compte de tous ces paramètres.

J’ai roulé mes chiffres à 3.5% pour obtenir un taux de succès de 99%.

La faiblesse de l’outil cFireSim et des outils similaires, et ce n’est pas de leur faute, c’est qu’ils se fondent sur l’histoire courte du capitalisme. Le 1% d’échec est un peu trompeur: ça semble indiquer que j’ai 1% de chance d’échec, alors qu’en réalité, il signifie que si je retournais dans le passé et que je prenais ma retraite avec un montant donné et que la date de départ était choisie aléatoirement entre 1880 et 1970, 99% des dates possibles auraient été des succès. Personne ne connais la vraie probabilité future. Est-ce que la Grande Dépression est le pire cycle? Y aura-t-il dans le futur des cycles inflationnistes pires que 1966 à 1983? Verra-t-on une décennie non pas avec deux crashs majeurs comme les 2000, mais plutôt trois? Des périodes pires que les Grandes Guerres ? Nul ne le sait! Peut-être même que la majorité des cycles futurs seront, à 4%, des échecs.

Mais voici pourquoi je suis relativement confortable avec mon taux de 3.5% (pis là vous allez comprendre que j’écris en fait tout cet article un peu pour me rassurer et non vous convaincre, vous ;-)) :

  • les 10 premières années sont cruciales tel que le démontrent les cycles résultant en un échec selon ces simulateurs. Dans presque tous ces scénarios catastrophes, la personne prend sa retraite tout juste avant une décennie épouvantable. Par exemple, prendre sa retraite en 1966 alors qu’une période inflationniste inédite est combinée à une faible croissance boursière. Or, à supposer qu’un tel scénario se produit, je serai encore relativement jeune et tout à fait capable de retourner sur le marché du travail ou de trouver de nouvelles sources de revenu
  • il serait surprenant que les gouvernements laissent tomber complètement les vieux comme le futur moi. RRQ, Pension de Vieillesse et Suppléments de Revenu Garanti, la pension de Mlle Jennie (dont on ne sait pas encore le montant car il dépendra de l’année de son départ) constituent un plancher, un minimum qui somme toute n’est pas si loin des revenus dont on a besoin. Ce n’est pas l’idéal, mais ce n’est pas la fin du monde non plus
  • si le scénario catastrophe se produit, le 1% d’échec de la simulation, je ne serais pas à sec dans 5 ans ou même 10 ans. Cela se produirait vraisemblablement au bout de 30 ans ou davantage. J’aurais alors plus de 70 ans. Vendre la maison permettrait d’aller chercher potentiellement plus de 10 ans de dépenses (même en tenant compte des dépenses supplémentaires liées au loyer)
  • Quand on veut être sûr de son coup, Seigneur Dagonet… on plante des navets. On ne prend pas une retraite à 42 ans! 🙂

 

 

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6 réflexions sur « 60 jours: si la règle du 4% n’est pas assez prudente, quel taux le serait? »

  1. MrJack,
    Très bon article.
    Le futur est fait d’incertitude… tous les calculs du monde n’arriveront pas à le prédire avec succès.
    Un jour où l’autre il faut donc prendre une décision!

    Pour éviter le risque lié aux 10 premières années, je ne planifie pas vendre d’actions pour vivre, mais plutôt vivre du fruit de mes investissement. Cela rajoute une couche de protection qui est peut-être superflue, mais à chacun sa tolérance au risque. Plus tard dans ma vie, je commencerai à amortir le capital et donc à vendre des actions et peut-être aussi à mettre en place une stratégie de succession pour transmettre mon héritage en limitant les impôts.

    Mais… le plus crucial, je continue de le penser, c’est de continuer à générer des revenus (à son rythme) par son travail créatif. Moi j’aime créer de la « propriété intellectuelle »… écrire des tas de cossins… certains utiles, d’autres moins mais qui au final et en aggrégat génèrent des revenus passifs réccurrents. Par exemple, à cette date, ce mois-ci j’ai fait 90.52$ en commissions d’affilié et 262$ en commissions publicitaires… ça se génère passivement.

    Je crois beaucoup à : prends ta retraite et ensuite deviens riche!… si t’en as envie et que ça t’amuse.

    Moi ie me vois très bien me créer un petit « empire » en ligne.

    J’aime créer des ressources telles que celle-ci pour le plaisir : alcoolartisanal.com

    J’ai des tas d’intérêts variés, comme toi, alors quand je pars sur un sujet, j’en profite pour créer un site que je monétise passivement. Ce site reçoit environ 10k visiteurs par mois et rapporte environ 30$ /mois… pas un gros succès… mais j’ai passé une semaine à écrire les articles (non stop en 2013) et n’y ai à peu près pas retouché depuis. Quand j’aurai du temps pour ça, mon traffic ciblé vaut cher, je pourrais chercher à vendre des leads à des boutiquiers en ligne ou de la pub direct… peu importe.

    Je me bâtis tranquillement des petits actifs « immobiliers virtuels » tel que celui-ci. Car, ne nous y trompons pas, un .com est un actif immobilier!

    Tu peux le louer, le vendre, en tirer des revenus passifs réccurents… ceux qui ont compris cela en 1998 et early 2000 on fait des fortunes collosales.

    J’avais des tas de site de niche à cette époque mais je bloguais sur des blogs génériques gratuits au lieu d’acheter des .com car j’étais trop paumé lol alors j’ai fait environ 6000$ au total… pendant que d’autres faisaient des millions.

    Such is life!

    Jacob Lund Fisker de earlyretirementextreme.com a touché ce sujet « combien épargner pour la retraite » de façon plutôt approfondie. Il en a déduit une formule très intéressante :
    Dépenses annuelles <= 3% des épargnes

    Ce taux conservateur est effectivement basé sur une extrême prudence car Jacob a pris sa retraite à 30 ans avec l'objectif en tête de ne jamais avoir à retravailler de sa vie. Il a aussi anticipé des scénarios de faible croissance ou même de décroissance et se protège de ces risques en incarnant l'idéal de l'homme de la renaissance! Il s'est donné comme objectif d'être capable de reproduire les technologies du 19e siècle par lui-même, croyant que ces technologies étaient bien suffisantes à l'homme pour vivre une vie riche et libre permettant de se consacrer davantage à l'être qu'à l'avoir.

    Bien qu'extrême, sa proposition a été assez séduisante pour que je m'y reconnaisse et que je fasse Wow! Je dois faire ça!

    Comme toi, par contre, je vise un taux de retrait de 3,5% du capital sauf qu'au lieu de vendre pour l'encaisser, je vais plutôt dépenser les dividendes.

    Comme toi, j'ai d'autres filets de sécurité (maison qui sera payée, droits au RRQ, actifs en ligne…) qui pourront servir en cas d'extrême urgence.

    Comment traites-tu la partie "soins de santé" dans ton plan? Sans avantages sociaux et en vieillissant, on risque d'avoir besoin de plus de soins… et la tendance lourde c'est que le système public va imploser… on risque de voir la fin de ce système de notre vivant si ça continue… et les soins de santé privés ne sont pas donnés!

    Moi c'est une partie qui me chicotte alors c'est pour ça entre autres que je veux laisser le capital croître sans le dépenser pendant un bon 15 ans avant de commencer à l'amortir. Car j'anticipe des dépenses qui pourraient s'avérer onéreuse à ce sujet.

    Finalement, si le capital commence à manquer, rien n'empêche de se délocaliser! La Thailande etc… entre travailler et vivre dans un paradis exotique… je prends le choix #2 en utlime recours lol

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    1. J’ai eu pas mal de sites moi aussi au cours des années… ça m’intéresse toujours, mais je dois quand même constater que c’est très difficile de faire l’argent avec ça (au-delà du genre de chiffres que tu rapportes, des 30$ par mois). J’aurais peut-être dû les garder par contre, qui sait avec l’âge et le « vieux » référencement, il continuerait peut-être à générer des revenus et j’aurais une base de liens pour d’autres projets 🙂 anyway, mieux vaut ne pas penser au passé, sinon pour apprendre. Mais oui, je vais sûrement travailler dès mon départ à amener Chasseurs de Rabais là où on voulait aller au départ, entre autres, et je suis certain que j’aurai d’autres idées et opportunités juste par le fait d’avoir du temps pour y penser ou les essayer!

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  2. Très interessant ton site. Félicitation pour l’atteinte du but que tu t’es fixé. Ce n,est pas une chose facile à faire. Comme toi, j’ai 42 ans et je suis retraité.

    Depuis l’age de 18 ans je  »remplie » mes REER et je mets des $$ de coté (CELI et compte courant). Je trade moi même à la bourse, mais j’ai arrêté d’essayer de battre les marchés. Ca marche moyen-moyen et ca coûte cher en frais de commission. Sans parler du casse-tête de rapport d’impôt de fin d’année. Depuis quelques années, j’applique ce que M. Buffet à dis dernièrement à des étudiants : «Il investirait dans quatre ou cinq sociétés. Sa philosophie était d’avoir moins de compagnies, mais de très bien les connaître. ». Donc j’ai investie dans 5 cies, donc certaines ont un taux de rendement annuel composé de 20 % et un augmentation du dividende de +/- 17% annuel.

    J’ai la chance d’avoir un fond de pension à prestation déterminé (25 ans x 2%) indexé immédiatement, une petite rente non-imposable dû à une blessure au travail. Ma conjonte travaille encore et elle aime sons travail. Nous pensons vendre la maison (presque payée) afin d’aller en locatif et d’investir les $$ ainsi dégagé.

    Donc, seulement en retirant seulement les dividende (4,5% dans mon cas en moyenne), je ne touche pas au capital qui, lui, continue de fructifier. Je pense à me trouver un petit quelques choses (genre 2-3 jours semaine) pour les mois d’hiver. Et d’aller dans l’sud 2-3 semaines…Lolll.

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    1. Félicitations ! Est-ce récent votre départ? Vous avez débuté jeune, c’est une excellente chose. Pour ma part, à 20 ans j’étais persuadé que je serais mort à 27 ans (!), je n’ai donc presque rien économisé pendant ma vingtaine. C’est en survivant que j’ai commencé à penser au futur 🙂

      Le travail à temps partiel est une idée intéressante à explorer, et j’avoue que passer du temps au Sud ne me déplairait pas non plus, je n’aime vraiment pas l’hiver.

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      1. En fait, j’ai quitté voila 3 mois, donc pas tout à fait à 42 ans.. J’ai une tonne de congés accumulés à  » bruler ». Et comme emploie à temps partiel, je me dis qu’il n’y a pas de sot métiers mais des sots pour porter des jugements.
        Je suis donc prêts à troquer un job de gestionnaire contre placer des fruits et légumes à l’épicerie de coin quelques demi-journées semaine, conduire des bus scolaires, faire du bénévolat chez héma-qc… L’important c’est que j’ai du temps pour moi (lecture, ciné, marche, sport, faire le ménage/repas, golf, yoga, etc.)

        Évidemment, je vais baisser de salaire ( au moin 20-25%), mais le jeu en vaut la chandelle.

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        1. Tout à fait et je comprends pour le travail à temps partiel.. c’est logique au fond comme trade-off : même si le nouvel emploi paie beaucoup moins, au change on gagne grâce aux nombreuses et précieuses heures libérées.

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